lecture linéaire Nuit Rhénane Alcools d'Apollinaire

Elsa LORILLARD Par Le 09/06/2021

Voici quelques idées pour réaliser la lecture linéaire de Nuit Rhénane dans Alcools d'Apollinaire

Problématique possible: En quoi la transe vécue par le poète lui permet-elle d'accéder à un monde transdimensionnel?

 

I) L'entrée dans l'ivresse Strophe 1

a) les signes annonciateurs de l'ivresse

-Le nom "verre" associé au déterminant possessif "mon" : effet métonymique , le verre est en tête de phrase. Le thème de l'alcool est au centre du poème et cet objet semble investi dès le début de pouvoirs sacrés.

-phrase déclarative + adjectif "plein": le poète évoque l'ivresse à venir

-évocation du "vin "et de l'adjectif "trembleur": caractère instable dû à l'alcool annoncé dès ce premier vers.

-comparaison "comme une flamme": association du liquide et du feu qui sont deux éléments incompatibles ce qui montre que les règles physiques du monde réel commencent à être perturbées

b) les débuts de l'ivresse

-présent de l'impératif "écoutez"+ thème de l'ouïe "chanson": le son rejoint la vue et accentue la plongée dans l'ivresse qui se fait de manière assez brutale

-l'adjectif "lente" donne la sensation que le poète commence à perdre ses repères temporels

-"le batelier" : joue un rôle central et évoque la métaphore de l'eau mais aussi les remous marins qui peuvent être semblables aux hauts le cœur dus à l'alcools

-apparition de créatures féminines qui sont comme des créatures mythologiques par les références physiques pour les décrire "cheveux verts"+ nombre 7 + l'évocation de la lune qui est un astre associé à la féminité

 

II) Résister à l'alcool Strophe 2

a) Ne pas succomber aux effets de l'alcool

-impératif "debout" "chantez" : le poète tente de résister au fait de partir dans l'ivresse. Il essaie de ne plus entendre la chanson du batelier qui l'emporte dans un autre univers mais de se rattacher à l'univers sonore présent dans le lieu où il se trouve

-le subjonctif présent "que je n'entende plus"+ la forme négative: forme de prière de la part du poète qui tente de résister à l'appel de cet autre univers

b) des propos encore censés

-impératif "mettez": le poète est dans l'action et tente de trouver un moyen pour ne pas repartir dans cet univers de l'ivresse

-ccl "près de moi": le poète sait encore où il est, où il se trouve et il tente de s'ancrer dans la réalité, il a encore une notion de distance avec ce qui l'entoure

-"filles blondes" "nattes repliées": description physique classique des jeunes filles allemandes, ces femmes font partie du quotidien et permettent d'annuler la vision des 7 créatures marines évoquées par le batelier.

-le ct circ de manière "aux regards immobiles" montre que ces femmes sont inoffensives et ne peuvent le méduser ou l'hypnotiser à la manière de créatures lacustres

 

III) L'accès à un nouvel univers Strophe 3

a) des propos incohérents

-personnification du Rhin qui devient mouvant par la répétition contrairement à son mouvement normalement linéaire

-les vignes se reflètent dans l'eau qui se transforme en vin/ Le thème de l'eau comme miroir permettant de passer d'un univers à un autre est repris ici

-"tout l'or des vignes tombe..." la terre et le ciel fusionnent : le monde cosmique et terrestre s'associent

-le participe présent "tremblant" l'ivresse n'est plus maîtrisée, elle est en train d'être vécue et correspond au signe annonciateur de la strophe 1 "trembleur"

b) la transe

-l'ouïe est de nouveau présente "la voix chante" + adverbe "toujours": le poète se retrouve dans un état second il est submergé par cette litanie, comme l'évoque l'expression "râle mourir" Le poète est complètement sous l'emprise

-les femmes se transforment à nouveau en créatures merveilleuses "ces fées" ce qui plonge le poète dans une nouvelle dimension + rappel des cheveux verts

-le verbe "incanter" amplifie l'aspect envoutant de la situation vécue par le poète

-la saison de l'été: saison dans laquelle il se passe beaucoup de choses, dans laquelle il y a des rencontres, des aventures, des surprises.

 

IV) Retour brutal à la réalité Dernier vers

dernier vers: le treizième , encore un chiffre symbolique qui vient rompre l'accès à la transe

-"mon verre s'est brisé": le bruit de l'éclat de verre sonne la fin de la transe et le retour à la réalité + le verbe pronominal "s'est brisé" révèle un pouvoir d'action de la part de l'objet qu'est le verre, le poète, quant à lui, subit depuis le début + double sens du verbe "briser" car le verre se brise et la situation aussi

-rapprochement "éclat de verre" "éclat de rire": association mystérieuse, il convient de donner plusieurs visions de la fin du poème